Ce lundi 29 Septembre 2008 est une date qui marquera l’histoire. Aujourd’hui le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars pour racheter les crédits “pourris” du secteur financier par le contribuable américain vient d’être rejeté dans sa deuxième version (passant de 3 pages a 110 pages ) par la chambre des représentants. Résultat, Wall Street a perdu pied et le Dow Jones a perdu 777 points, la baisse la plus importante (en terme de points) de tous les temps. De même l’indice “Standard & Poor 500″ plus représentatif de la valeur réelle du marché a perdu presque 9 %, la plus grosse dégringolade depuis 20 ans.

Le plan n’est pas passé à 12 voix près, les Républicains et Démocrates se déchirent pour désigner les responsables de cet échec. Dans cet exercice les républicains se montrent très agressif alors que leur camp a voté majoritairement non, contre le mot d’ordre de Bush et McCain, ils vont même jusqu’à accuser le discours “engagé” de Nancy Pelosi précédent le vote comme la raison d’une large défection dans leur rang. L’argument est léger, mais ne doit pas faire oublier que les démocrates n’ont pas tous voté pour le plan, que ce soit par conviction que le plan n’était pas bon (comme Kucinich) ou par peur de froisser l’électorat qui doit décider ou non de reconduire certains élus lors des élections en novembre.

La panique s’est installée à Wall Street de manière exponentielle depuis la “nationalisation” des deux plus grosses entreprises de prêt immobilier (Fannie May et Freddie Mac), mais aussi à Washington depuis que le secrétaire au trésor Henry Paulson et le patron de la Fed Ben Bernanke plaident pour obtenir de l’État ce chèque mirobolant de 700 Milliards de dollars.

Il est désormais certain qu’un changement majeur est en train de s’opérer d’un point de vue économique et géopolitique à l’échelle de la planète. Mais il est bien difficile d’évaluer tous les acteurs futurs et l’étendue du changement à venir.

Divagations à propos de l’économie Française

En trois semaines, c’est un cataclysme qui a secoué l’économie mondiale au travers de Wall street, celui-ci était largement prévisible dés lors que le fonctionnement des “subprimes” s’est heurté à une baisse du marche immobilier. Les seuls à ne pas avoir voulut se faire le relais de ce problèmes sont les politiciens, que ce soit Bush, McCain ou Sarkozy, tous les partisans du libéralisme n’ont jamais eut l’honnêteté d’annoncer le désastre à venir. Sarkozy avait poussé le vice au moment où les USA découvraient le début de la crise de “subprimes” de faire une proposition identique à son électorat sous formes de crédits hypothécaires car il considérait que le faible endettement était une raison fondamentale de la croissance molle. Le site de l’UMP déclare à ce propos cette citation inouïe datant d’à peine un an et demi:

“Les ménages français sont aujourd’hui les moins endettés d’Europe. Or, une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir”

Si vous avez été rassuré la semaine dernière par le discours de Sarkozy a Toulon, je vous invite à regarder le discours de celui-ci à nouveau en le remettant en perspective vis-à-vis de l’actualité

Non, nous ne sommes pas passé à deux doigts de la catastrophe, nous sommes en plein dedans. Non, supprimer les parachutes dorés ne stoppera pas la crise, non il ne faut pas attendre de ceux qui ont provoqué la crise qu’ils s’auto-disciplinent car mossieur le président s’est fâché tout rouge . Et de qui parle-t-il d’ailleurs, des patrons de banques américaines ou française ? quel pouvoir a-t-il pour changer quoi que ce soit au fonctionnement de Wall Street quand il donne deux discours largement disproportionnés à deux jours d’intervalle entre New York et Toulon ? Et surtout pourquoi pas un mot sur les paradis fiscaux, sur la régulation des transferts de crédit au moins en Europe ?

Toutes ces questions ont une réponse simple, Sarkozy a offert au bon peuple un discours populiste et dirigiste sur le papier dont il ne fera que le quart et encore avec des portes de sorties pour ceux qui l’ont largement porté au pouvoir : les principaux défendeurs de l’ultra libéralisme que sont Bolloré, Lagardere, Bouygues, Dassault, Arnault etc…

D’un point de vue économique c’est l’ensemble du modèle vers lequel Sarkozy voulait nous amener qui vole en éclat, sans aucune chance d’un retour de crédibilité de ce modèle dans les années a venir.

Moins d’une semaine après son discours la crise s’enfonce: La banque Fortis (Benelux) est sauvée par des capitaux publiques, Londres nationalise Bradford & Bingley, Dexia est en difficulté (la France y injecte 1 Milliard d’euros) , la BCE met 120 Milliard d’euros de liquidité à disposition … Contrairement à ce qu’aurait voulu nous faire croire le président de l’union Européenne, la mondialisation expose largement l’Europe et la France à la crise économique venant de Wall Street. Quand le libre échange est roi, le libre échange d’emmerdes aussi…

2009 l’année de tous les changements ?

Nous ne savons rien de l’étendue des dégâts réelles aux USA, l’opacité des comptes des banques est un frein complet à une évaluation crédible de la réponse nécessaire à apporter pour stopper l’hémorragie… Paulson lorsqu’il a présenté son plan au Congrès n’était pas capable d’expliquer clairement si les 700 milliards peuvent couvrir les besoins, et encore moins quelles banques solliciteront l’aide du plan de sauvetage. Certain commentateurs parlent non pas de 700 milliards mais 5000 milliards pour enrayer la crise.

L’absurdité du système est telle qu’après que le plan de sauvetage ait été refusé, la bourse en plongeant a perdu une capitalisation de 1200 milliards de dollars, autrement dit les actionnaires ont fait disparaitre virtuellement de la table plus que ce que le gouvernement pourrait promettre afin de sauver les marchés.

La variable la plus inquiétante est liée à la logique même de l’économie de marché: La croissance comme moteur de notre société. Ce principe ce résume simplement : faire le plus de profit possible dans un premier temps, puis faire encore plus de profit l’année suivante sinon il n’y a pas croissance mais récession. Le principe même de la sacro-sainte croissante est responsable de cette course en avant vers les montages financiers pour cacher les pertes et créer des profits fictifs ou des profits a court terme ( les résultats des entreprises sont annoncés par trimestre). On entend bien peu de responsables publics évoquer le sujet et appeler à une maitrise de la croissance que ce soit pour le maintien du système sur le long terme mais aussi afin de prendre en main les problèmes apportés par les excès de cette croissance.

“Never before in the history of US capitalism had so much been asked of so many for, at least in the first instance, so few”

Aucun des deux plans de sauvetage n’ont apporté de proposition pour tarir la source du problème, l’impossibilité pour les propriétaires de payer leurs mensualités basées sur des taux variables en roue libre depuis que le secteur financier souffre. Cette irresponsabilité me fait largement penser à Tchernobyl: le manque d’anticipation, la naïveté des solutions proposées, mais aussi l’acharnement a ce que les nettoyeurs règlent le problème contre toute logique. Petite parenthèse: il me semble que lorsque l’on évoque la chute de l’Union soviétique , l’explosion de la centrale Ukrainienne soit un évènement largement plus primordiale ayant enclenché le déclin mondial de l’URSS bien avant la chute du mur à Berlin.

Bon partons du constat que le futur plan de sauvetage numéro 3 passe au Congrès, que celui ci soit suffisant pour stabiliser l’économie, malgré tout, dans le mois à venir d’autres banques fermeront, les USA rentreront en récession en espérant éviter une dépression de longue durée, le chômage partira en flèche, l’endettement aussi et les américains devront changer radicalement leur mode de vie. Leur capacité militaire en sera fortement réduite et le retrait rapide des troupes en Irak, en Afghanistan sera une nécessité, l’impossibilité de réagir sur d’autres front laissera de l’espace à la Russie et à la Chine pour prendre leur essor stratégique. Les USA perdront en l’espace de deux ans leur leadership économique dont l’Union Européenne (trop liée a Wall Street) ne pourra prendre le relais. La Chine possédant une part très importante de la dette américaine pourra ainsi imposer sa domination économique (avec toutes les craintes que leur inexpérience capitaliste peut soulever). La multiplication des pôles économiques, militaires, diplomatiques succédant à la disparation de la superpuissance américaine exacerbera alors les protectionnisme et les tensions inter-étatiques…

Ou alors ce sera pire ?

Franchement j’ai beaucoup de mal à anticiper l’impact que pourrait avoir cette crise du point de vue géopolitique ou même dans mon quotidien aux USA.

Cette double crise économique et politique est elle le véritable signe du déclin des USA ? ou est ce le déclin de la civilisation occidentale dans son ensemble ?

Edit : Michael Moore s’exprime sur la version deux du plan de sauvetage