Un nouveau site d’information en ligne : Slate.fr ?

C’est désormais officiel, un nouveau média en ligne débarque en France et s’additionnera aux précédents sites d’informations dits “Pure online players” tels Rue89 ou Mediapart.

slatefr

Le site qui est lancé à l’initiative de l’ancien directeur du Monde,  Jean-Marie Colombani, serait donc à priori un transfuge du site américain Slate.com, qui fut l’un des premiers sites d’information exclusivement en ligne il y a une dizaine d’années. Narvic sur le blog Novovision nous aiguille vers un article en anglais soulignant la possibilité que ce site se transforme en antenne relais du pouvoir Élyséen:

“Editorsweblog fait état de « rumeurs » d’une association du géant des télécom Orange à ce projet « comme partenaire ». Un partenariat qui serait « lié aux relations cordiales entre Colombani et le président français Sarkozy ». Il s’agirait d’une opération « pro-gouvernementale », dirigée contre Mediapart et Rue89.”

Cette rumeur a de quoi surprendre au premier abord puisque Slate.fr devrait regrouper des articles originaux ainsi que la traduction d’une sélection d’articles en provenance de la version américaine. Or, le site original qui est la propriété du Washington Post penche largement du côté des démocrates et a offert un large soutien à Obama. On peut y lire Paul Krugman le prix nobel d’économie qui est positionne très à gauche par exemple, tout cela ne sera pas d’une grande aide pour venir en soutien à la politique du gouvernement français.  Mais en approfondissant un peu plus, on observe que Slate.com révèle une couleur politique assez conservatrice, quasiment l’ensemble de la rédaction a soutenu l’invasion en Irak de 2003, et quelques plumes sont récalcitrantes aux idées démocrates tel Mickey Kaus qui n’apprécie guère les syndicats et ne voit pas d’un bon œil la légalisation des immigrés clandestins de longue date,  Jack Schafer qui est un libertarien convaincu (largement hostile à l’action de l’Etat) ou encore William Saletan qui se définit comme un Républicain de gauche (sic). Toutefois, à moins  faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de manipulation de traduction, il semble difficile d’envisager que la transposition des analyses de Slate.com puisse résulter en un semblant de soutien à la politique Élyséenne. La critique du gouvernement fédéral aux USA est très spécifique et se base sur la constitution américaine et le respect des libertés, le gouvernement français lui a tendance à œuvrer contre sa propre constitution pour ce qui est des libertés individuelles.

Il n’en reste pas moins que les articles originaux en français pourront être orientés, ce dont nous ne pouvons point jauger pour l’instant. Cela dit, les personnalités fondatrices qui ecriront pour Slate.fr me laisse rêveur sur l’aspect révolutionnaire de cette nouvelle publication :  Eric Leser (ancien correspondant du Monde à New York), Eric Le Boucher (Enjeux Les Echos), Jacques Attali et Johan Hufnag.

J’ai pour ma part du mal à comprendre la pertinence de reprendre le nom et le modéle de Slate, qui est un site peu connu en France  et en perte de vitesse aux USA n’en déplaise à l’annonce de lancement :

Slate.com est le cinquième site de presse aux Etats-Unis par l’audience, le premier qui ne soit pas la traduction numérique d’un journal ou d’une chaine de télévision. Slate.com est le magazine d’information en ligne qui possède la plus grande crédibilité outre-Atlantique.”

En effet, Politico.com est probablement plus crédible que ne l’est Slate ( la guerre en Irak n’y ait pas pour rien dans cette perte de crédibilité), et le Huffington Post aujourd’hui atteint une audience largement plus élevée que Slate.

Reste à savoir si la démarche ne serait pas plutôt inversée:  Slate.fr pourrait être la Pravda en français du gouvernement Obama. La présence future de Versac dans les colonnes de Slate.fr, Obamaniac convaincu me semble-t-il , pourrait-elle en attester?

Détail important: si  Slate.fr est réellement un transfuge de slate.com alors les futurs contributeurs se devront d’observer la tradition du magazine original consistant à révéler son orientation politique et à dévoiler son vote pour les dernières élections présidentielles.

Vous pouvez déjà juger par vous même de ce que pourrais devenir slate.fr via la version beta du site

Toute cette histoire n’empêche pas que l’initiative tardive soit un peu moquée par nos observateurs anglo-saxons :

A French version of Slate is somewhat surprising since the US saw the birth of more dynamic business models, like the Huffington Post or Politico. It has to be kept in mind that France24 was started in France about ten years after Al Jazeera Television in the Middle East.

Rubrique : Actualités, Medias


6 Comments

  1. Jacques
    Tuesday 10 February, 2009

    Slate est effectivement très très peu usé et visité, sauf de quelques initiés. Et de moins en moins car il était le support média-virtuelle d’une certaine politique US.
    Par contre cela ne m’étonne que peu que l’Elysée pense mettre des deniers français dans cette affaire…

    Et ton article tombe à pic, le jour où officiellement NS est à Bagdad. “Pour autoriser les entreprises françaises à y revenir !!” – SIC – , et pour ensuite passer quelques nuits féeriques aux Emirats.

    Cà c’est de la Haute Voltige !

  2. Wednesday 11 February, 2009

    J’ai été faire un tour, je ne connaissais pas.
    Le design est un peu simplet pour qu’on ait vraiment envie de rester je trouve.
    Mais j’ai lu quelques articles et c’est bien dans l’ensemble, j’y repasserais surement pas la suite.

  3. Wednesday 11 February, 2009

    Je ne sais si c’est directement commandité par le naboleon élyséen. Mais voilà un attelage, Colombani-Minc-Attali qui parle de lui-même. Ca sent déjà le politiquement correct, la pseudo analyse et l’escroquerie intellectuelle. Les trois ont démontré régulièrement leur incapacité dans le concret (Minc Et Colombani ont flingué financièrement Le Monde, Minc tout seul a coulé la boite que lui avait offert son ami Carlo de Benedetti il y a 20 ans et Attali a brillé à la BERD) mais continuent de se poser en donneurs de leçons. Leurs analyses, leur soutien à un libéralisme mourant sont déjà discrédités… Quant à ouvrir par une tribune de ce pauvre Hollande qui déblatère quelques stupidités d’entrée…

    Seul élément positif, malheureusement pas forcément en position de faire valoir ses conceptions, c’est Hufnaghel qui avait réussi à faire du site de 20 minutes (d’ailleurs il a été lourdé pour des relations de pouvoirs mais pour l’instant les bases qu’il a posées n’ont pas changé) un des rares sites issus du print qui ait compris le fonctionnement du web : communautés, blogs, liens, conception interactive d’une info qualifiée de liquide par les analystes de l’évolution des médias…

    Bref, ses conceptions sont (étaient ?) plutôt novatrices. Etonnant d’ailleurs de le voir dans ce truc de zéditorialistes éditorialisants en rond maitres du prêt à penser.

    Tiens j’ai fait long…

  4. versac
    Friday 13 February, 2009

    Je ne suis pas tellement obamaniaque. Si on lit mes anciens billets, on verra que j’ai développé très tôt un scepticisme à l’égard de l’homme. Le phénomène reste intéressant, et adlmirable du point de vue de la stratégie politique, etc.

    Pour slate, le débat sarkozyste est un leurre. La question de qui écrira aux côtés de Colombani/LeBoucher/Attali est la bonne. Ce sont sans doute les autres qui feront l’âùe de ce site…

  5. Sunday 6 June, 2010

    Plus que consensuel, je confirme ! J’ai eu la mauvaise idée de vouloir commenter hier un article au sujet de Wikileaks en indiquant que selon moi l’article publié restait en surface et ne posait pas les bonnes questions.J’ai argumenté mon propos sans jamais être insultante , grossière ou quoi que ce soit. Si mon commentaire a été publié dans l’instant, j’ai eu ma désagréable surprise de constater qu’il avait été supprimé aujourd’hui. Ce que je disais n’a pas plu et n’était certainement pas conforme à la ligne de leur parti, quel qu’il soit.Je considère cela purement et simplement comme de la censure.

  6. Wednesday 22 December, 2010

    Site pas très objectif et un peu simple à mon goût.
    Comme le dit shadows si certaine idée vont à l’encontre de leur conviction ou ligne éditoriale celui-ci est tout simplement passé à la trappe.
    Dommage, il demeure quand même quelques articles de fond bien écrit.