Obama, saison 1 épisode 2…

Deux semaines qu’Obama est en fonction et l’on peut d’ores et déjà annoncer qu’il en aura fait plus dans ce laps de temps que G. W. Bush entre janvier 2001 et septembre 2001.
Faisons donc un rapide tour d’horizon des moments marquants, ceux qui furent largement médiatisés comme ceux qui méritent plus de réflexions et d’analyses.

Main Street contre Wall Street

Hier Barack Obama a fustigé l’attitude des banquiers face à la crise alors même qu’ils ont reçus des torrents de liquidités pour les aider à maintenir la tète hors de l’eau. En effet ils se sont octroyés 20 milliards de dollars de bonus. Ce qui relève d’après Obama d’un comportement irresponsable et honteux:

On observe ainsi un changement de ton, le président semblant vouloir rétablir la balance entre Main street (les travailleurs) et Wall street, ce matin il a signé l’annulation des lois misent en place par Bush concernant les droits sociaux et qui aux yeux des syndicats favorisaient l’employeur sur les employés. De même il a annoncé la création d’une commission spéciale menée par le vice président Joe Biden qui devra rendre un rapport visant a faire des propositions pour relancer le pouvoir d’achat des classes moyennes. D’autres décret ont été signés afin de mieux protéger l’indépendance et le droit de syndicalisations:

“The first order will prevent taxpayer money from being used to reimburse federal contractors who spend money “trying to influence the formation of unions.”. A second will require federal contractors to inform employees of their rights under the National Labor Relations Act. A third will ensure that qualified workers keep their jobs even when a federal contract changes hands”

On notera sur le blog Americana, que la campagne participative version 2.0 d’Obama se transforme désormais en présidence participative. Voila qui ravira les défenseurs de Ségoléne Royal face à la polémique récente concernant l’influence de la campagne Désirs d’avenir sur la campagne démocrate. Finalement peu importe qui influence qui, il s’avère que cette écoute démocratique qui est constamment moquée par les UMPistes soit considéré comme pouvant porter des fruits par Obama, qu’ils adulent par ailleurs… l’ami de Sarkozy visiblement ne manque pas une occasion de prendre la direction inverse de la politique mise en place par le gouvernement Sarkozy, qui comme nous l’avons observé hier a tout de même réunis prés de 2.5 millions de fans en délire.

Ce vendredi, un courriel invite les Américains à organiser leur effort pour soutenir la politique économique de Barack Obama. Proposition: organiser une réunion de quartier le week-end prochain, pour discuter le plan économique et suggérer de nouvelles idées. Les conseillers du président fournissent obligeamment les points forts de l’argument et un “mode d’emploi” chronométré sur la manière de mener une réunion de ce genre.

Le rythme est tendu, très rapide, ce qui est normal dans le contexte actuel. Ce matin encore l’annonce du recul du PIB américain de 3.8 % sur le dernier trimestre 2008 est venu confirmer l’ampleur de la crise que traverse les USA, recul qu’Obama a qualifié de “catastrophe” pour les americains. Les spéculations concernant une réponse supplémentaire au plan de relance de 825 milliards de dollars qui passe en ce moment au Congres vont bon train. On parle désormais d’un autre plan de soutien aux banques (sic…) pouvant atteindre 1 a 2 trillions de dollars ( 1000 a 2000 milliards). Une nouvelle qui signifie une fois de plus que la perception du paroxysme à venir de cette crise est probablement largement en dessous de toute prévision.

Renouer le dialogue avec la communauté musulmane

La nouvelle principale de la semaine reste l’interview surprise qu’Obama a donné à la chaîne de télévision Saoudienne Al Arabya. Cette ouverture spontanée vers les pays arabes est un virage à 180 degrés en comparaison de la politique menée au moyen orient depuis Bush, voir même depuis Carter. Je me joins à Jérôme du site Inside The USA ( ou vous pourrez trouver une partie de l’interview traduite en français) pour applaudir ce changement de ton, mais je reviendrai plus bas sur ce que cela peut signifier stratégiquement dans la région.

Obama : “Maintenant mon job est de communiquer le fait que les États-Unis ont un intérêt dans le bien-être du monde musulman, que le langage que nous utilisons doit être un langage de respect. J’ai des membres de ma famille qui sont musulmans. J’ai vécu dans des pays musulmans.”

Il est important de souligner le caractère improvisé et opportun de cette interview comme nous le décrit Philippe Grasset sur le blog DeDefensa

Il n’y a aucune sollicitation initiale de la Maison Blanche, mais le chef de station d’Al Arabiya qui tente un coup journalistique en sollicitant une interview de l’envoyé spécial du président au Moyen-Orient, l’ancien sénateur Mitchell. Il n’est pas question, dans le chef de Hisham Melhem, d’espérer “avoir” Obama. Ce n’est pas que la chose est impensable en théorie mais que rien n’est préparé, qu’on en est encore au tout début de l’administration, qu’il y a, justement, l’appareil de sécurité ou l’appareil de communication pour veiller au grain et éloigner le plus possible toute possibilité de communication non préparée, non “contrôlée” du président. Voilà pourtant que la Maison Blanche, qui “contrôle”, elle, la demande de Hisham Melhem, saisit l’opportunité pour suggérer une interview d’Obama. Il est évident que la chose est venue directement d’Obama, qui a été consulté sur l’opportunité d’une interview de Mitchell. La chronologie et les détails de cette affaire sont révélatrices.

Sur le même plan, le Guardian a réussit à mettre la main sur une lettre qui devrait être envoyée en direction de l’Iran de la part de la nouvelle administration. Voila un pas encore plus significatif d’un changement de politique diplomatique à venir au moyen orient. Cette lettre insisterait sur le fait que les États-Unis ne veulent pas renverser le régime des Ayatollahs et qu’ils sont prêt sous certaines conditions à renouer le dialogue et les contact diplomatiques officiels après plusieurs décennies de mutisme total.

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Les lobbyistes, le Pakistan et la confrontation avec la Chine et la Russie

Il y a aussi quelques nouvelles moins reluisantes pour nuancer ce début de mandat. Obama a appelé de son souhait des restrictions exemplaires concernant la présence de lobbyistes au sein de son administration, les plus attentifs auront remarqué qu’une dizaine d’entre eux ont finalement rejoint les rangs du gouvernement faisant exceptions aux règles annoncées. C’est certes largement moins que dans toutes administrations précédentes, mais la présence de Mark Patterson comme chef de cabinet du secrétariat au trésor à soulever bien des questions. Il fut un lobbyist auprès de Goldman Sachs et il ne fait aucun doute que son travail gouvernemental aura une influence sur son ancien employeur.

Du point de vue géopolitique le changement de perspectives opéré au moyen orient via un rapprochement générale et en particulier l’assouplissement des relations avec l’Iran ne sont pas uniquement le signe d’un apaisement. En effet une attaque de Drone commanditée par Obama sur la frontière Afghanistan-Pakistan a causé la mort de 14 pakistanais dont 3 enfants, faisant monter la tension avec les USA. Obama n’a pas caché son souhait de concentrer son attention militaire autour de l’Afghanistan et la possible extension du conflit aux frontières du Paksitan, mais finalement nous y sommes déjà. Le rapprochement avec l’Iran a aussi pour but de trouver un allié fort dans la région en cas d’attaques massives au Pakistan. Stratégiquement il semble que le controle de l’Afghanistan et du Pakistan soient crucial pour les USA qui pourraient ainsi sécuriser un couloir sanitaire entre les territoires producteurs de pétroles et la Chine, qui se place de plus en plus comme un adversaire géopolitique majeur au même titre que la Russie : le role des USA dans les tensions en Georgie ou en Ukraine n’est pas à négliger, et la position d’Obama dans ces deux cas de figures n’a laissé place à aucune ambiguïté. Il faut d’ailleurs peut être voir le signe d’un début de tension politique et diplomatique entre les USA et la Chine et dans une moindre mesure avec la Russie puisque Poutine comme Wen Jiabao n’ont pas eut de mots tendres durant le forum de Davos en faisant porter la responsabilité de la crise économique entièrement sur les Etats-Unis.

Rubrique : Actualités, Politique


5 Comments

  1. Saturday 31 January, 2009

    C’est exactement ce que je pense aux sujets des banquiers! La crise fait réagir les gens aux énormités, c’est bon signe. Il parle des banquiers, mais pourquoi toutes les entreprises (ou presque) licencient alors que la grande majorité sont toujours en bénéfice, mais celui ci est inférieur aux estimations prévues…
    On vit quand même dans un drole de monde!
    Par contre, pour la politique étrangère, en particulier sur le moyen orient, je n’ai pas d’avis [trop complexe].

  2. Saturday 31 January, 2009

    L’équipe d’Obama a compris que devant le niveau de la crise et des risques pour les USA , qu’il fallait communiquer vers les citoyens et ce dans les deux sens.

    On ne verra pas les ânes UMP copier cette méthode. il suffit de voir le décalage entre le mouvement du 29 Janvier et la compréhension qu’en ont eu les observateurs UMP dans les médias et leur modèle naboléonien .

  3. Friday 6 February, 2009

    @Dagrouik
    Evidemment qu’il ne communiqueront pas vers les citoyens car le pouvoir en place suit un agenda incompatible avec les interets de la population. Sarkozy et le dernier president Bushocompatible appliquant une politique de liberalisation de son pays suivant l’ecole de Chicago (meme si cela reste partiel et largement plus dans le ton de la methode d’application tendance Pinochet comme le temoigne la repression en cours et la reprise en main des contre pouvoirs au galop)
    2012 (l’annee de l’apocalypse sur le calendrier Maya, non ?) sera un moment intense, le resultat d’un marathon entre Obama et Sarkozy qui remettrons tout deux leur mandats en jeu a quelques mois d’intervalle. J’ai hate et j’ai peur

  4. Nina
    Sunday 8 February, 2009

    @Dagrouik
    C’est bien mal apprécier les ânes (et les animaux en général) pour imaginer qu’ils s’approchent si peu que ce soit de la stupidité des infatués ignares de l’ UMP ;)))

    @ Garçon
    ‘me plaît bien votre blog que je découvre ! à commencer par les 5 et 6 premiers titres de votre Vitrine, ce n’est pas souvent qu’on les voit référencés ;)
    Ici, c’est tous les jours qu’il y a de bonnes raisons d’avoir ‘peur’ ; et comme on est quand même encore bien peu nombreuXe, ça décuple l’énergie les jours d’optimisme !!
    Sans oublier que Tsarko a un autre petit collègue busho-fascistoïde dans les parages : Berlusconini..

  5. Monday 9 February, 2009

    @Nina
    Tres honore de savoir que vous accrochez a mes sujets. N’hesitez pas a agrementez vos futurs commentaires de temoignages qui puissent nous eclairer sur le plus petit collegue de Tsarko ;)