Les SDF de Santa Monica

Santa Monica est une ville riche de Californie du Sud, très riche, coincée entre la tentaculaire agglomération de Los Angeles et l’océan pacifique. Dans cette ville au climat idéal, les stars côtoient les SDF. En dehors d’être un lieu de tourisme , la ville a la réputation d’exercer une politique très laxiste et progressiste envers les sans abris qui évoluent sur son sol.

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La ville est donc très riche, les loyers y sont très élevés mais sont régulés afin d’éviter une explosion des prix à la Beverly hills, ainsi la population ne vit pas non plus cloitrée dans de grandes villas ou dans des quartiers résidentiels surveillés. Et c’est dans la zone la plus visitée, sur les falaises surplombant les plages, que les touristes affichent leur surprise de voir autant de SDF élire domicile sous les palmiers. La ville est une des seules dans la région de Los Angeles à autoriser explicitement la présence de sans abris.
Il faut comprendre que la ville fait office d’OVNI au sein de la politique relativement conservatrice du tout Los Angeles (c’est San Francisco la ville vraiment progressiste en Californie), il y a même eut une circulaire en 2007 reléguant officiellement la consommation de cannabis au dernier rang des préoccupations de la police locale.

Dernièrement un article du Los Angeles Times a mis en lumière les progrès que Santa Monica enregistre concernant leur nouvelle politique visant à la réinsertion des sans abris plutôt qu’à un simple encadrement social pérennisant leur condition d’errance. En deux ans, la ville a vu sa population de sans abris baisser de 8% comptant désormais 915 SDF pour une population de 90 000 habitants environ. Un peu de positif en période de crise ne fait jamais de mal, même lorsqu’il s’agit d’un cas très particulier.

Le programme qui fut mis en place est basé sur la présence continue de 6 policiers dont l’unique tache est de sillonner les parcs et les rues afin d’encourager les sans abris a solliciter l’aide publique de la ville que ce soit pour des soins, des repas ou un hébergement (qui n’est pas forcement à court terme). L’équipe va recevoir bientôt un autre policier et un travailleur social spécialisé en psychiatrie. Cette approche non-répressive porte ses fruits et les personnes dans le besoin ont pris l’habitude de contacter directement les policiers en charge du programme.

54 individus sur 130 dans une situation de santé critique ont déjà acceptés un hébergement accompagné de soins. 310 familles sans abris ont pu être réunies et disposent d’un logement en vue d’une réinsertion. La ville devrait disposer d’une aide fédérale de 3.2 millions pour accélérer son programme. Et une campagne de sensibilisation de la population va être lancée bientôt afin d’inciter à donner aux associations pour accélérer la réinsertion plutôt qu’a donner directement aux mendiants

Les USA ne sont pas connus pour la qualité de leurs services sociaux ni pour l’intérêt que la population porte aux plus démunis, mais quand un contre exemple amène une note différente il me semble bon de le souligner. On aimerait bien voir certaines villes en France appliquer le même raisonnement, plutôt que d’envisager de faire dégager la population vagabonde à coup de produits chimiques.

Rubrique : Divers


2 Comments

  1. MeCrO
    Friday 6 March, 2009

    Sur Paris, à sa crétion, le samu social avait cette vocation…
    en principe…
    d’aller au devant des personnes en processus de désocialisation avancé vivant, ou survivant, dans les rues et recoins de la ville.
    C’était fin 93…

    Mais il s’adressa peu à peu, par la force des choses, à un public beaucoup plus large composé de personne ayant un point commun: ne pas disposer, plus ou moins temporairement, d’un logement…

    Au cours des quelques années de vacations effectuées dans un de ces centres d’hébergement, j’ai observé, au travers de la singularité des trajectoires rencontrées, des degrés trés diverses dans les différentes dynamiques d’exclusion.

    J’ai pu ainsi me rendre compte combien pouvait être pernicieux l’utilisation d’un terme comme “S.D.F”. Dans sa démarche globalisante, l’utilisateur identifie un éventail de parcours à un sigle se rapportant indéniablement aux idées d’échec, de galère, de misère qui stimulent souvent les mécanismes de défense des “A.D.F” provoquant pitié, compassion, rejet ou, pire que tout, indifférence, …
    Ce dont n’ont surement pas besoin les personnes concernées.
    L’expression de ces ressentis participe d’ailleurs bien souvent à l’accentuation du processus désocialisant.
    Tout comme les limites du champ d’action du Samu Social de Paris qui ne peut, quelles que soient les volontés énoncées, que se contenter de réduire son intervention sous la pression de l’urgence.

    Ici la mondialisation des relations économiques, politiques et sociale a, par la même, créé une impossibilité de réponse nationale de grande dimension et pérenne…
    car pour être efficace elle sous-tendrait la remise en cause globale du système…

  2. Monday 9 March, 2009

    @MeCrO
    Merci bcp pour votre temoignage.
    Le sentiment de délitement en France face a cette situation d’appauvrissement et l’apitoiement envers les SDF m’ont totalement frappe la derniere fois que je suis revenu dans mon bon vieux pays, cela fait désormais deux ans.

One Trackback

  1. By Une ville souterraine sous New York | Café-Croissant on Thursday 2 April, 2009 at 1:42

    […] y a quelques jours je vous parlais des sans abris d’une des villes les plus riches de Californie, les extraits du documentaire de Chantal Lasbats ci-dessous offrent un contraste total et […]