Capitalism a love story

Vivant a Los Angeles j’ai le privilège de pouvoir découvrir les films américains bien avant le public français. Outre le fait que je vous recommande chaudement d’aller voir le prochain Tarantino ( Inglorious Basterds) dont j’ai particulièrement apprécié le premier acte, j’aimerai partager avec vous mon sentiment a la sortie du dernier film de Michael Moore, Capitalism a love story qui doit sortir courant novembre en France.

J’ai suivi assidûment la filmographie de Michael Moore depuis “Roger and me”, et sans aucun doute il en ressort que celui-ci est un gauchiste a tendance catho (libéral au sens américain du terme votant démocrate par dépit). La plupart de ces films bien entendu n’obtiennent pas l’adhésion de l’opinion “right-wing” américaine. Toutefois Capitalism a love story, son dernier documentaire semble pouvoir élargir son public, pour la simple et bonne raison qu’il y dénonce les connivences profondes entre la gestion des impôts par le gouvernement et les “corporates” le tout sur fond de foi chrétienne avec un saupoudrage de patriotisme.

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Le film en soit est percutant, dans le ton de Sicko bien plus que celui de Farenheit qui est a mon sens son plus mauvais docu, le fil conducteur se déroule autour de témoignages, d’extraits de médias et la révélation de quelques documents peu diffuse a ce jour. Nombre de scènes sont amusantes et tournées en dérision lorsque Moore rencontre un ancien de Lehman brothers qui cherche a vulgariser vainement a plusieurs reprises ce qu’est un dérivatif, ou encore lorsque Moore vient récupérer les milliards prêtés par l’État auprès des banques d’affaires.
Toutefois le sujet est plus que sérieux et Moore prend le parti de montrer l’envers du décor, l’impact de la récession sur la population et les dérives du système élargissant les causes de la crise au delà des subprimes en insistant sur la logique du profit des corporates au détriment de la population jusqu’à les en faire crever, littéralement !

Dans le tout début du documentaire Moore souligne l’utilisation ses dernières années de nouvelles pratiques de la part des corporates : les “dead peasants insurances“. Prenons un exemple, Anna X travaille chez WallMart, elle utilise des détergents quotidiennement pour nettoyer les locaux de l’entrepôt de stockage, qui sont connus pour leur effets cancérigènes ( c’est marqué sur le packaging du produit, il n’y a même pas de débat a ce niveau), elle développe alors un cancer et la couverture santé offerte par Wall Mart (une vaste blague) refuse de couvrir des soins de chimiothérapie car les chances de survie sont en dessous de 50%, elle décède deux mois après car elle ne peut pas payer elle même les soins de chimio (on parle d’un million de dollars au bas mot sans assurance), toutefois son décès a lieu a l’hôpital car la famille ne supporte pas l’idée de laisser mourir Anna sans lui administrer au moins des anti-douleurs, la famille se trouve alors avec une facture médicale de 50 000 dollars pour 10 jours d’hospitalisation. Histoire banale aux USA, horrible certes mais banale. Mais cela ne s’arrête pas la, Wall Mart avait contracté une assurance vie sur Anna en se mettant bénéficiaire en cas de décès, et l’entreprise récupère ainsi un chèque d’un million de dollars, une somme qui pourrait bien entendu largement soulager le coût des frais médicaux pour la famille auprès de l’assurance santé ( elle même filiale de Wall Mart bien entendu, aucune raison de laisser passer de la thune). Je ne connaissais pas l’existence de ces assurances vie (appelées COLI, corporate-owned life insurance) et les médias n’en ont pas fait grand bruit, ces assurances vies sont contractés sur la base de la rentabilité suivant les secteurs d’activités a risque offrant en général un retour sur investissement de l’ordre de 50 % par an. Voila une aberration totale du système jusqu’à l’écœurement car dans les documentations de ces assurances ont dénomme l’assuré “dead peasant”, en bon français : paysan mort, on atteint ainsi le comble de l’odieux avec le soutien du congrès qui a autorisé la création de cette manne financière.
Pour en savoir plus sur le sujet allez visiter le site “http://deadpeasantinsurance.com/

Cet exemple n’a pas grand chose a voir avec la récession en cours mais souligne clairement les abus sans limites du système capitaliste américain. Par la suite le film explore les situations délirantes dans lesquels se retrouvent les propriétaires en difficultés et pas seulement ceux qui se trouvent aux abois suite a l’achat d’une maison via un emprunt en sub-prime. En effet, nombreux sont ceux qui perdent leur maison alors même qu’ils ont en hérité ou qu’ils ont payé entièrement leur emprunt, car les banques ont poussé a outrance la prise d’emprunts subalternes (pour payer les études des enfants ou pour la création de micro entreprises par exemple) sur la base de la valeur immobilière. Elles ont prêchées entre 2000 et 2005 auprès des particuliers le fait que l’immobilier ne faisait que prendre de la valeur et donc que la prise d’emprunt via l’hypothèque d’une maison était sans aucun risque (pour les banques c’est certain) puisque le marché était en perpétuelle expansion. Pour résumer une maison de 200 000 dollars en 2003 était prédisposée a valoir 350 000 dollars en 2008, cette augmentation de valeur appelée “home equity” était la caution permettant aux banques de convaincre les propriétaires d’emprunter. Des lors que la crise s’est installée, un propriétaire ayant emprunté via l’equity de sa maison pour payer les études de ses enfants et qui perdrait son boulot se trouve en difficulté pour payer ses traites, avec un marché immobilier en chute libre son equity est devenu négative et la seule solution pour rembourser son emprunt est alors la vente de sa maison. Si le propriétaire se trouve dans l’impossibilité de vendre lui-même sa maison et accumule trois défauts de paiement alors la banque lui offre deux solutions :

  • le short sale : la vente de la maison en dessous du marché permettant de rembourser l’emprunt subalterne pour la banque, le reste revenant au propriétaire, l’avantage du short sale étant la possibilité de ne pas inscrire le défaut de paiement a son historique de crédit ce qui est vital aux US.
  • le foreclosure : la banque saisit la maison intégralement et fait son beurre en touchant un bénéfice au delà de la dette initiale. Un short sale invendu finit automatiquement au bout d’une certaine période en foreclosure.

On a donc un propriétaire sans dettes qui perd sa maison pour payer des études ou une facture médicale du simple fait que la banque cherche a maximiser son profit sans prendre le moindre risque.

Pèle-mêle le film livre des vérités essentielles, le salaire des pilotes de ligne qui opèrent les vols internes ne dépassant pas les 24 000 dollars par an leur imposant de prendre des boulots secondaires et mettant en péril la sécurité aérienne (tiens donc) ou encore l’existence d’un mémo interne du groupe bancaire Citigroup livrant la prédiction d’un système financier “plutonomique” décrit comme système ou l’économie est intégralement dirigée par 1% de la population la plus riche (devenant ainsi un objectif directif de la politique interne de Citigroup).
Les témoignages poignant et les chiffres se succèdent dressant un portrait amer de la situation actuelle, mais Moore n’est pas sans reste et appelle a l’activisme, a une vision de l’économie basée sur la démocratie et non sur le corporatisme, vision démocratique pour laquelle il incite le spectateur a militer. Le film se clôture avec la diffusion d’un document rare montrant Franklin D Roosevelt faisant vœux de son souhait de créer une seconde “Bill of Rights“, porteuse d’un égalitarisme a faire pâlir Diderot mais qui ne verra jamais le jour en raison de sa mort imminente,déclaration surréaliste tant il semble que le passage de cette loi aurait changé la face des USA.
Le documentaire affiche clairement une volonté de vouloir révolter son audience, ce qui d’ailleurs fonctionne pathétiquement au sein du cinéma, mais dont je doute de voir les effets s’appliquer de manière concrète. Moore semble pourtant ne pas démordre de cette idée de soulever les masses, il a décidé de poser la caméra momentanément et participe régulièrement a des grèves avec les syndicats ou a des marches de protestation. Je lui souhaites bien du courage, le temps ou la population américaine sortait dans la rue pour protester, réclamer des droits, ou militer pour l’arrêt de la guerre semble bien loin, les tea baggers ont pris le dessus et c’est déplorable. Je garde une note d’espoir macabre car les foreclosures, les banqueroutes frappent les gens de tout bord politique, lorsque l’on a plus de 3 millions de familles touchées, il y a fort a parier que la colère dépassera les clivages et qu’elle finira par avoir des répercussions visible.

Je vous invite donc cordialement a voir le film, et a donner votre point de vue, je suis très curieux de savoir comment les personnes non immergées dans le contexte américain vont voir le film et l’espoir qu’il prétend porter.

Rubrique : Actualités


14 Comments

  1. SFbubu
    Wednesday 14 October, 2009

    Merci pour ce descriptif, je vais aller le voir, j’avais un peu peur qu’il ressasse toujours les memes choses mais non.

  2. Tuesday 20 October, 2009

    Heu, il est où le sac à vomi ?

  3. Wednesday 21 October, 2009

    Ah c’est une bonne nouvelle, un film sur le capitalisme. J’espère que Moore a pris le soin de déplacer sa carcasse hors des US, en Chine, en Inde, en Asie du Sud Est ou même au Moyen Orient pour avoir une vision plutôt globale d’ou parte les sociétés et où elles arrivent ensuite, grâce au système capitaliste.

    Ce n’est pas une fin en soie. Ce n’est même pas une fin tout court, que d’être dans le “capitalisme” mais Moore est tout aussi caricatural dans ce film (selon ton récit je précise). Pour être équilibré dans le constat, il aurait fallut parler des millions de personnes devenues classes moyennes en Chine par exemple ou du développement progressif de l’Inde.

    Le capitalisme, c’est un système qui marche, derrière lui, une organisation doit être structurée. Les pays scandinaves en sont les premiers exemples.

    Donc j’irais voir ce film, sûrement, pour mesurer (une fois de plus) toute l’objectivité du bonhomme. Ce film sert la soupe à son public, ta réaction et celle des commentateurs semblent confirmer le fait qu’il ait réussi.

    Bonne Journée Garçon !

  4. Thomas Windegger
    Wednesday 21 October, 2009

    @Seb de CaRéagit

    Salut Seb,

    Je vais prendre soin de démonter ton argumentaire de manière réaliste:

    J’espère que Moore a pris le soin de déplacer sa carcasse hors des US, en Chine, en Inde, en Asie du Sud Est ou même au Moyen Orient pour avoir une vision plutôt globale d’ou parte les sociétés et où elles arrivent ensuite, grâce au système capitaliste.

    Lorsqu’une Grosse société vient dans un pays émergeant, elle n’y vas pas pour le bonheur des gens, elle vient les faire travailler (souvent plus que nous) en ayant un bas salaire, en effet le capitalisme permet de faire apparaître une classe moyenne : Qui développera sans doute des entreprises dans les pays qui seront plus pauvres pour reproduire le système BASÉ SUR L’INÉGALITÉ.

    Je m’engage à te faire “découvrir le système dans lequel tu vis” si tu veux savoir.
    Si tu gardes tes oeillères et que tu dis: tout va bien, tu finiras par te rendre compte, que tu es gouverné pour le profit et non pour l’humain.
    Le CAPITALISME ne marche pas.

    A moins que pour toi il soit normal que:
    Des gens DOIVENT mourir pour que tu puisses vivre avec ton confort actuel dans cette société. Si tu acceptes sa, alors t’as raison le capitalisme marche.

    De plus ne penses-tu pas que les “dérivent” (pour être correct d’un point de vue capitaliste, d’un point de vue Humain j’appel sa un meurtre :

    “elle utilise des détergents quotidiennement pour nettoyer les locaux de l’entrepôt de stockage, qui sont connus pour leur effets cancérigènes”

    Donc ces dérives pousseront les futurs mégacorporations des pays émergeant à reproduire les même pratiquent. ( A savoir le sacrifice de la masse pour leurs Poches )

    Je m’engage à te faire découvrir l’envers du DECOR, si sa t’intéresse, si tu trouves que tout va bien, tu encourages le système à continuer.

    Thomas W.

  5. Wednesday 21 October, 2009

    @Seb de CaRéagit
    Je crois pas que tu es saisit le sujet du film, ce que Moore veut c’est maintenir le capitalisme, mais qu’il soit execute de maniere democratique. C’est a dire qu’il respecte la constitution, la bill of rights etc et qu’on en arrete avec les aberrations, par exemple que les banqueroutes dues a des factures medicales astronomiques.

    Et je vois en quoi l’emergence des pays pauvres qui soit disant souffrent moins pourraient adoucir l’americain moyen qui lui souffre plus et ce de maniere inequitable avec ses propres dirigeants.

    Ce que denonce Moore c’est simplement le socialisme corporatiste qui sevit aux USA, sous cette forme la je suis sur que tu seras plus a meme d’aller voir le film sous un autre angle :)

    bien a toi

  6. Tuesday 27 October, 2009

    Pour Inglorious Basterds je vous le conseil en VOST.

  7. Wednesday 28 October, 2009

    C’est révoltant cette histoire d’assurance !!! je n’en avais jamais entendu parlé.
    Merci pour le descriptif du film ca donne envie de le voir :).

  8. Friday 13 November, 2009

    J’ai eu la chance de voir le film en avant-première. Il est très bon et sort mercredi 25 novembre en France.

    Lien de l’article sur mon nom.

  9. Leo
    Wednesday 25 November, 2009

    Citation de Seb de CaRéagitAh c’est une bonne nouvelle, un film sur le capitalisme. J’espère que Moore a pris le soin de déplacer sa carcasse hors des US, en Chine, en Inde, en Asie du Sud Est ou même au Moyen Orient pour avoir une vision plutôt globale d’ou parte les sociétés et où elles arrivent ensuite, grâce au système capitaliste.

    Ce n’est pas une fin en soie. Ce n’est même pas une fin tout court, que d’être dans le “capitalisme” mais Moore est tout aussi caricatural dans ce film (selon ton récit je précise). Pour être équilibré dans le constat, il aurait fallut parler des millions de personnes devenues classes moyennes en Chine par exemple ou du développement progressif de l’Inde.

    Le capitalisme, c’est un système qui marche, derrière lui, une organisation doit être structurée. Les pays scandinaves en sont les premiers exemples.

    Donc j’irais voir ce film, sûrement, pour mesurer (une fois de plus) toute l’objectivité du bonhomme. Ce film sert la soupe à son public, ta réaction et celle des commentateurs semblent confirmer le fait qu’il ait réussi.

    Bonne Journée Garçon !

    Mouaip… Je vis en Finlande et je peux dire que le systeme se casse autant la guele… (Suede et Norvege idem. A mon souvenir la norgeve avait placé tout son fric du pétrole dans des fonds qui se sont cassés la guele et la Suede avait investi pas mal de fric dans les pays baltes qui EUX se sont violemment cassés la guele.)

    Le chomage a bien augmenté en Finlande, la dette de l’état aussi…

    Enfin, ca reste moins pire qu’en France… :p

  10. gaelle
    Wednesday 25 November, 2009

    je viens juste de voir ce film, sorti aujourd’hui en france, documentaire très intéressant et enrichissant…c’est fou comme un pays tel que les E.U peut être corrompu…on n’est pas dans la caricature, mais dans la vérité! et chapeau à MM pour nous montrer cette terrible réalité…vive le rêve américain! à voir absolument!

  11. MONNIER
    Tuesday 1 December, 2009

    iL EST FACILE DE CRITIQUER M.MOORE MAIS QUI A FAIT MIEUX?
    Oui M.Moore est surement un catho de “gauche” mais je ne connais personne d’autre qui a le courage et la réflexion pour analyser ce régime et apporter sa critique aussi loin qu’il le fait
    Pour moi les petits ruisseaus font les grandes rivières.
    Maintenant à qui le tour de faire un film décortiquant le capitalisme Système indépassable?

  12. Kevin :)
    Saturday 20 February, 2010

    Moi je voudrais bien le DL… Ce serais un pas de fais pour detruire le capitalisme. :)

  13. Kevin :)
    Saturday 20 February, 2010

    D’ailleur comment un detracteur du capitalisme ect comme M.M peut il oser nous vendre ces films ? Je trouve ca paradoxal, c’est l’abbé pierre qui pisse sur mere theresa a mon humble opinion. J’incite toutes les personnes glorifiant M.M a voir le documentaire que lui ont consacré les canadien… Pas si honnete que ca le M.M…
    We will see… :)

  14. Sunday 21 February, 2010

    @Kevin :)

    Moui je trouve la critique un peu mediocre, faire un film coute intrinsequement de l’argent et le diffuser auss.
    MM n’est pas exempt de reproche mais sa critique sur le capitalisme est hautement plus justifiee que les critiques faites a son egard sur de soit disantes ambiguites le concernant.

    Par ailleurs son film ne preche pas la destruction du capitalisme, mais la creation d’un capitalisme moins pyramidale.

    Et puis franchement qui vous empeche de DL son film ?