Je n’apprécie guère l’opportunisme de Rama Yade, ni ces méthodes. Mais Kouchner nous a offert une saillie profondément virile visant clairement sa secrétaire d’État chargée des droits de l’homme, à tel point que j’en viens presque à avoir de la peine pour la benjamine du gouvernement :

“J’ai eu tort de demander un secrétariat d’État aux Droits de l’homme. C’était une erreur”.

“Car il y a une contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France”.

Plusieurs questions viennent à l’esprit: pourquoi faire une telle sortie à la date anniversaire des 60 ans de la déclaration universelle des droits de l’homme? Pourquoi cette sortie façon sniper tirant à vue avec son fusil à pompe, quelques jours après que Yade a clairement signifiée son peu d’intérêt pour un engagement aux européennes, ce qui n’a bien entendu pas plus a notre sérénissime président? Et surtout pourquoi Kouchner s’évertue ainsi à remettre en cause les droits de l’homme dans le contexte géopolitique actuel, au moment même ou la Chine piétine littéralement les restes de la diplomatie française?

A la première question je répondrai que Kouchner a le sens du spectacle, qu’il avait envie de faire la une des journaux pour quelques jours. Il ne supporterait pas de devoir subir un revers lors d’un éventuel remaniement et je penses donc qu’il a voulut faire du zèle en offrant un espace à droite dans son discours. Il vient peut être de troquer les habits d’un ministre d’ouverture pour finalement appliquer une politique plus “Pasquaienne” aux affaires étrangères..

Ensuite il me semble que le rentre dedans soulignant  l’inutilité même du rôle qu’a pu jouer Yade n’est pas forcement infondé, même si la forme est loin d’être élégante, il est difficile de vraiment mesurer l’impact de ce secrétariat d’état. Toutefois je ne penses pas que Kouchner ait décidé de descendre Yade dans le contexte de ses accrochages avec le grand manitou sur les plans de carrière de Madame. Il me semble bien plus probable que l’origine des propos de Kouchner vienne des tensions diplomatiques avec la Chine qui sont d’une importance majeure.

Le secrétariat d’État occupé par Yade fut surtout une vitrine de communication brandit par Sarkozy avec cynisme et amateurisme alors même que son entourage est fleurie de flingueurs “anti droit de l’hommiste”. Le résultat de cette instrumentalisation fut lamentable tant le double discours entre real politik, business et diplomatie moraliste fut inconstant, inégale et avec une passion univoque pour les contrats. Cette parodie nous aura conduit à se lier d’amitié éphémère avec des régimes isolés et peu utiles à nos besoins stratégiques sur le long terme, que ce soit la Libye ou la Syrie, mais dans le même temps nous aurons réussit a nous fâcher durablement avec la Chine par lâcheté et par manque de courage à défendre les idéaux plutôt que les contrats. Que Kouchner exprime son désarroi vis à vis de l’inefficacité de son ministère et de son secrétariat d’État annexe du fait de leur contradiction m’étonne peu, mais que celui-ci limite sa part de responsabilité à la création du secrétariat d’État et non à sa gestion de tutelle, et nous voilà dans un étalage de mesquinerie, de mauvaise foi et une belle preuve de petitesse.

Si Kouchner veut que son ministère soit un succès il lui faut adopter un vrai changement de cap, qu’il dépasse la caricature qui est faite des droits de l’homme et redonne du sens à ces valeurs en les défendant et non pas en invoquant leur pouvoir de nuisance. Mais il n’est point capable de cela, sa présence dans un gouvernement de droite n’a jamais été motivée par ses idéaux.