Intolérable, minable, ridicule, ignoble, pathétique, dangereux, je ne sais quel terme utiliser pour décrire les propos d’Eric Zemmour sur le plateau d’Isabelle Giordano (dans son émission Paris-Berlin sur Arte) à propos des races. Je vous laisse juger du passage qui fait polémique dans le texte ou en vidéo si vous arrivez à supporter la tète à claque :

Éric Zemmour : “Non, mais moi ce qui m’intéresse dans cette histoire - je vais très vite - j’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie et précédente a succédé la négation des races. Et c’est d’après moi aussi ridicule l’une que l’autre. Qu’est-ce que ça veut dire que ça n’existe pas ? On voit bien que ça existe ! ”
Rokhaya Diallo : ” Mais comment on le voit ? Je ne comprends pas ce que vous voyez… ”
Éric Zemmour : “Ben à la couleur de peau tout bêtement. ”
Rokhaya Diallo : ” Et donc la couleur de peau selon vous fait que moi j’appartiens à une race différente de la vôtre. ”
Éric Zemmour : ” Mais évidemment ! Non mais… que vous redécouvriez… ”
Rokhaya Diallo : ” Bon ben alors… C’est intéressant… ”
Éric Zemmour : “Ben évidemment, j’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire !”


Le personnage est exécrable et c’est son fond de commerce, mais ce sont bel et biens les directeurs des programmes qui cautionnent le discours réactionnaire de Zemmour. Cherchent ils le sensationnalisme, il y a t il une forme d’adhésion à son discours de leur part? Revenons donc sur son intervention et sur la multitude de cliches, la vision sous-jacente a son discours.

Tout d’abord je vous invite à regarder l’émission dans son entièreté : première partie - deuxième partie.

D’emblée lors de sa première intervention, et comme à son habitude, il s’adresse lors de ce débat à son interlocuteur en utilisant la troisième personne. Ce “il”, cette marque puante de non-respect me répugne, et le disqualifie à mes yeux de toute capacité de dialogue. Il n’est capable que de faire de la propagande, c’est intéressant à ce niveau de voir qu’il n’use pas de la troisième personne à l’égard des gens qui animent les débats auxquels il participe ou encore à l’encontre de ses collègue comme Naulleau ou Domenach?

On appréciera les mots utilisés par Zemmour pour qualifier le nazisme comme un régime sacralisant les “races” , choix très malheureux tant le nazisme ne visait pas à sacraliser les “races” mais une “race”. Il s’indigne aussi de la négation des “races”. Mots susceptible d’être choisis par provocation et insupportables à entendre car non, on ne peut pas être négationniste d’un fait avéré scientifiquement, car ce qui construit l’existence des races dans le vivant est mesuré par la science. Et à ce titre la communauté scientifique est unanime il n’y a pas de races dans l’espèce humaine. Zemmour veut superposer le terme race à celui de phénotype, afin de créer des frontières entre ces phénotypes ce qui est absolument ridicule et caricaturale. Lui même se dit de “race” blanche, sa couleur de peau ne peut lui permettre de définir une soit disante “race”, terme ultra réducteur et ségrégationniste… son identité est multiple (il appartient a la communauté juive, il a des origines berbères (le texte fut modifié suite à une discussion dans les commentaires concernant les origines du peuple berbère), il est français, il est journaliste, écrivain, c’est un citadin …etc), son phénotype est complexe comme tout un chacun ne pouvant lui permettre de se classer dans une catégorie spécifique.

En expliquant que la théorie raciale issue de Mein Kampf est ridicule au même titre que la position scientifique universelle d’aujourd’hui , nous voilà là dans la “négation scientifique” (je corrige le terme précédemment utilisé de négationnisme qui fut une erreur de ma part, erreur que je ne désire pas être exploitée par le lecteurs en provenance du site FdeSouche ). C’est bel et bien Zemmour qui nie la science. Qu’il dénonce la négation des différences physiques entre les individus, la négation de l’existence de cultures différentes soit. Mais quand il utilise le terme de race, il emprunte à un discours ou l’homme blanc avait recours au terme de race pour affirmer sa supériorité.

Il évitera suite à son affirmation d’appartenance à la race blanche d’évoquer à quelle race appartiendrait donc les métis. Un seul qualificatif est approprié à ce raisonnement d’un hypocrisie totale, la lâcheté. Lui qui à pour autre cheval de bataille sa lutte contre le féminisme, pour un droit a la virilité masculine sur ce coup là manque franchement de couilles. (excusez moi d’utiliser ici un cliché ultra masculinisant)

La rhétorique de Zemmour concernant l’assimilation culturelle est profondément incohérente, il est contre le communautarisme, et pour une intégration des cultures étrangères dans la culture du pays d’accueil. En fin de compte, il est surtout pour la non-existence de culture diverses ou nouvelles et pour la perpétuation de la culture française telle que lui la perçoit c’est à dire ancrée dans un passé qu’il est difficile de situer tant c’est une vision mythologique vue par un individu n’ayant pas vécu ces époques (avant mai 68, avant le front populaire, avant Bonaparte ou avant la révolution française ? ). Dans le même temps le métissage (entendez là le fruit de l’amour entre deux personnes de couleur de peau différentes) lui fait clairement peur alors que c’est totalement un élément clé pour lutter contre le communautarisme. Sa peur est justifiée puisque la couleur de peau elle n’est pas assimilable ou dissimulable plutôt. En se montrant réticent à l’exaltation du métissage physique, il est en contradiction avec son appel anti-communautariste, ou alors il n’exprime tout simplement pas tout le fond de sa pensée.
Il évacue aussi les causes multiples du communautarisme, causes partagées autant par la communauté elle même que par les autres communautés discriminantes (il convient ici de faire la plus grande place au pays d’accueil qui discrimine souvent sur le phénotype et en second lieu sur les signes ostentatoires). Car si Zemmour a raison de vilipender le discours visant à dédouaner les communautés de toutes responsabilités dans l’existence du communautarisme, il est tout autant ridicule de minimiser l’oppression sociale que celles-ci subissent. Il est donc en totale contradiction avec lui même dans le discours, sûrement pas dans la pensée car je suis certain que son affirmation de l’existence de races induit naturellement une logique de hiérarchisation. D’autant plus que même si il distingue deux métissages il n’a pas pu se retenir (tant mieux, la franchise vaut mieux que la sournoiserie) de prétendre à l’existence d’une hiérarchie des cultures.

“Moi je crains que comme aujourd’hui on a supprimé cette hiérarchie, comme aujourd’hui on estime que toutes les cultures se valent, qu’on est un mélange de différentes cultures égales, et que ça, c’est ça qui nous mènera au multiculturalisme et donc à l’affrontement des cultures et donc des communautés.”

Personne n’a supprimé cette hiérarchie, simplement la vision de Zemmour est absolutiste, on s’assimile à 100% et en deçà ce serait un échec. Pourtant un immigré venant en France hiérarchise sa vision culturelle dans le pacte républicain en acceptant de fait d’assimiler plus ou moins la culture française comme étant celle qu’il va devoir privilégier du simple fait de devoir trouver un travail,de vivre dans le pays suivant ces lois. Encore une fois il se trompe car il prend le point de vue Français, un français venant aux USA accepte la hiérarchie culturel du pays d’accueil tout comme le pakistanais partant en Angleterre ou l’espagnol partant vivre en Arabie Saoudite, sans pour autant renier sa propre culture. Le principe même des États, leurs lois, leurs règles culturelles sont omniprésent pour une immigré, et probablement encore plus pour l’immigré clandestin qui cherche totalement à rester discret et donc à se fondre dans le pays d’arrivée. Et dans le même temps l’immigré si il a un vécu dans un autre pays ne peut l’éliminer, son passé reste incontournable, sa mémoire est ineffaçable. Est ce que en parlant français avec mes amis à Los Angeles ou en mangeant du fromage et de la baguette plutôt que des Burgers je ne n’assimile pas, alors que je travaille au sein d”une société multiculturelle? En quoi mon assimilation partielle nuit-elle à mon pays d’accueil ?

Il exprime cette idée comme universelle, comme si la France était une culture hiérarchiquement supérieure aux autres ou à beaucoup d’autres. Son incapacité à se représenter les cultures autrement que par classement en dit long sur son affirmation de l’existence de races suivant la couleur de peau. Si il ne peut accepter l’idée que l’absence de hiérarchie ne signifie pas égalitarisme, mais puisse signifier l’existence de plusieurs cultures non mesurables entre elles, alors qu’en est il donc de la couleur de peau ?

Il me semble évident que la confusion qui règne chez Zemmour est due à son inexpérience des sujets qu’ils traitent, il remplace l’analyse, le pragmatisme par de l’idéologie, son manque d’écoute à l’égard de l’expérience des autres est évident, il se plaît à vivre dans sa vision mythologique de la France et sa frustration est palpable. Car non le multiculturalisme ne conduit pas à l’affrontement des cultures ou des communautés. C’est totalement faux même dans un pays communautariste comme les USA ce n’est pas le cas. Ce qui a par exemple généré les émeutes de Los Angeles en 1992 n’était pas les différences culturelles, mais la discrimination de la justice civile vis à vis d’une communauté minoritaire, la discrimination sociale qui a visé à mettre la population syndiquée noire en concurrence avec une immigration latine moins coûteuse etc…
Le danger du communautarisme n’est pas intrinsèque à l’existence des communautés mais est lié à la manière dont celles ci sont traités et comment le pays d’accueil les aide non pas à s’assimiler mais à s’intégrer et coexister.