C’est généralement en période de crise que le péquin moyen (j’en suis un) se pose le plus de questions sur le fonctionnement de ses institutions, des États, des marchés financiers etc…

Mais il y a toujours des sujets sur lequel le flou artistique reste complet. La mécanique de la création de l’argent et des devises en est un. Hier, grâce à un commentateur assidu (Sylvio, merci à lui) j’ai pu m’éduquer sur le sujet en regardant cette vidéo très pédagogique d’une heure et en français réalisé par Paul Grignon.

L’argent-dette

“Toute personne croyant qu’une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.”
Kenneth Boulding, économiste.

Si vous avez un ami économiste ou connaissant profondément le sujet merci de l’inciter à réagir sur le sujet dans les commentaires ci-dessous afin de confirmer les explications éclairantes de cette vidéo ou les infirmer.
N’hésitez pas non plus à diffuser largement la vidéo…

Edit : je me permet d’ajouter un commentaire fort intéressant, et objectif de la part de David Toledano en réaction a la vidéo dans les forums d’@si ou le débat fait rage autant sur les approximations/raccourcis de la vidéo que sur son léger ton conspirationniste.

Edit2 : Decodage en règle de la vidéo chez Rue 89, cherchant a souligner les éléments a tendance conspirationnistes (tendance exact mais a mon avis largement exagéré et j’y reviendrai dans un billet sur le thème des anti et pro complot) mais aussi donnant quelques éléments de réponses quant au contenu didactique

La politique monetaire et la creation de monnaie sont a la fois tres bien exposes dans ce film, mais d’une maniere biaisee des le depart par le sensationalisme lugubre du realisateur.

C’est exact que les banques pretent de l’argent qui n’existe pas, et gagnent de l’argent sur les interets de cet argent, et que c’est ainsi qu’on cree de la monnaie depuis qu’il y a une politique monetaire.

Avant de s’en offusquer et de pretendre devoiler un secret d’alcove, il faut comprendre que si personne ne pretait de l’argent qui n’existe pas encore, la richesse ne pourrait pas croitre. Imaginons que toute la richesse d’un pays soit egale a 1000. La richesse, ce sont des actifs, des terres, des usines, des immeubles… Cette richesse produit quelque chose (produits agricoles ou manufactures, etc…) d’une valeur de 10 tous les ans. Je sais (ou je crois, je pense) qu’on pourrait construire avec 1500 de richesses de quoi produire 30 tous les ans. Mais meme en mobilisant toutes les richesses existantes (10000), il est impossible d’y arriver et d’enrichir le pays (soit tout le monde par une politique de redistribution adaptee ici). Sauf si quelqu’un me prete (d’abord) un argent qui n’existe pas (encore)
.
On oublie aussi que le preteur prend le risque de n’etre pas rembourse. On me repondra que dans ce cas, c’est le contribuable qui paye, et c’est helas manifestement vrai. Mais pour generaliser, la conclusion est en fait que le systeme “fonctionne” tant que globalement l’argent que les banques “creent” est au “bon niveau”, le systeme fonctionne.

Le role d’une banque centrale, qui en a les moyens, est justement de reguler la quantite de monnaie ainsi creee, c’est a dire de determiner quel est ce “bon niveau”

Si elle restreint trop la creation monetaire, mon pays ne trouvera pas de banque a laquelle emprunter les 500 qui lui manquent, et sa richesse ne pourra pas croitre autant qu’elle aurait pu. On freine la croissance. C’est ce que beaucoup on reproche et reprochent a la BCE et a Trichet. Si on cree “trop” de monnaie, l’argent en “exces” est un argent investi au dela des capacites reelles du pays a creer de la richesse. Ca se traduit par de l’inflation et/ou par des bulles speculatives. C’est ce qu’on reproche aujourd’hui a Greenspan, au prix d’une contradiction qui ne semble pas deranger grand monde (Sarkozy n’hesite pas, mais il est vrai qu’il n’est pas tres regardant sur les contradictions)…

Bref, qu’on aime ou non les banquiers, la fonction de preteur d’argent est indispensable a la creation de richesses.par l’investissement, que ce soit un investissement dans l’education, la recherche, l’appareil productif, ou quoi qu’on veuille, aussi longtemps que nos possibilites d’investissements utiles depassent nos capacites propres. Depuis l’invention de la monnaie bancaire, la creation de richesses (en laissant de cote ici la question de la redistribution) n’a pas ete non plus d’une totale inefficacite, et ce n’est pas anodin de ne meme pas y faire allusion dans son film.

Ce meme systeme bancaire peut donc en fait creer trop ou pas assez d’argent, du surendettement ou du chomage et de la stagnation, mais il est la pour creer l’argent necessaire au developpement de la richesse. Quand on tient ce fait pour negligeable, on s’offusque, on ne comprend pas, et on cherche des coupables identifiables, voila sans doute tout pour le reste.

J’oubliais: on n’est pas oblige de considerer comme souhaitable l’accroissement de la richesse, qui n’est evidemment pas une fin en soi. Ce qui est derangeant dans ce film, c’est qu’il n’evoque pas vraiment cet angle, alors qu’il est essentiel pour comprendre le systeme qu’il pretend rendre clair. Il presente aussi, tres logiquement, la dette comme quelque chose de mauvais en soi, et je suis surpris que personne n’en debatte parmi ceux qui semblent adherer a cette vision perverse de la creation monetaire.