Parfois sur les bancs de l’assemblée nationale il y a des députés dont les propos sur tous les sujets de société ne font que souligner la morale liberticide du personnage lui-même. C’est le cas de monsieur Frédéric Lefebvre, Neuillyén de naissance, ami proche de Sarkozy, porte parole de l’UMP et député (il ne fut même pas élu directement par le peuple mais comble le siège laissé par Santini dont il est le suppléant dans la dixième circonscription des Hauts-de-Seine, bien entendu impossible de voir ici une manœuvre même en supputant l’évidence d’un poste offert à Santini du fait de son soutien à Sarkozy en 2007).

frederic_lefebvre

Le personnage depuis son placement sur le devant de la scène politique n’a cessé d’aboyer et de chercher à déplacer les lignes tantôt vers l’incursion gouvernementale dans la programmation du service public télévisé, tantôt pour dénoncer RESF, ou pour vilipender l’AFP qui ne relaie pas un communiqué officiel de l’UMP mal orthographié, tantôt pour prôner la surveillance sécuritaire sur les mineurs et désormais pour une régulation ultra musclée d’internet. Qu’il aborde ces thèmes qui sont récurrents à droite pourquoi pas, mais la manière, la forme qu’apporte Lefebvre à son discours montre à l’évidence une radicalisation en marche de la droite et prépare le terrain à des mouvements bien plus intenses que je ne l’aurai pensé auparavant. Si Sarkozy est en voie de chiraquisation pour son image, ses sbires eux continuent donc à insuffler un mélange de conservatisme moral et censeur ainsi qu’un corporatisme économique très énergique virant toujours plus à droite.

Gardez bien en mémoire que Lefebvre est à la tête d’un cabinet de lobbying, et que son positionnement au sein du pouvoir actuellement devrait littéralement lui interdire tout activité de ce style. Cela dit les interdictions législatives n’ont jamais empêché les politiques de flirter avec le lobbying à toute heure ( j’y reviendrai dans un prochain billet).

Voici quelques extraits sur divers sujets cités plus haut :

Internet

Je tiens beaucoup à cet amendement parce que le monde vient de vivre la plus grave crise qu’il ait connue depuis 1929, et qu’une seule réponse s’est imposée – réclamée sur tous les bancs – : la régulation. Il aura fallu attendre que des établissements financiers soient en faillite, que la croissance soit au point mort, que des pays soient au bord du gouffre, pour que le monde se réveille et accepte enfin de construire un système régulé au plan international. Faudra-t-il attendre qu’il y ait des dégâts irréparables pour que le monde se décide à réguler Internet ?

L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?
[...]
La mafia s’est toujours développée là ou l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid.
[...]
On va me répondre que je ne comprends rien à Internet, que je dépeins le retour de Big Brother, une atteinte à la liberté, que ma proposition n’est pas applicable, qu’elle pousserait les sites à s’installer à l’étranger, etc. En fait, je connais sans doute plus que d’autres le monde d’Internet pour des tas de raisons.
[…]
Il se trouve que j’ai commencé à communiquer sur Internet avant même la création de Wanadoo, parce que mon frère qui vit aux États-Unis en est l’un des pionniers.
[...]
Il y a plus de dix ans, j’ai passé quelques bouts de nuits à ses côtés dans certaines caves du 18ème arrondissement pour mettre en route des serveurs. Je connais donc parfaitement Internet. Lorsque ce mode de communication ne concernait que quelques milliers d’individus, ceux qui ne sont mus que par l’appât du gain en restaient éloignés. Maintenant que des millions de Français l’utilisent régulièrement, les enjeux économiques sont devenus considérables, et Internet reste l’un des lieux du monde où règne le capitalisme sauvage, le libéralisme sauvage.
[...]
Il nous faut réguler Internet partout dans le monde, afin que toutes les entreprises respectent le droit de propriété, que les trafiquants et les voyous en tout genre soient poursuivis, que cet espace continue à se développer dans le respect de la personne humaine et des principes démocratiques. Notre pays doit montrer la voie.

discussion intégrale

La delinquance des Mineurs

Elkkabach à propos de l’avis de Rachida Dati sur le rapport Varinard : Avancer de 13 à 12 ans l’age légal d’un placement en détention provisoire et durcir la justice des mineurs. 12 ans ? est ce que ce n’est pas trop tôt, Frédéric Lefebvre ?

FL : Je ne le penses pas vous savez en 1945 un mineur sur 166 était mis en cause dans une affaire pénale, aujourd’hui c’est un sur trente, il faut réagir. [..]  Écoutez moi je souhaite qu’on aille même sans doute un peu plus loin… la question de la détection précoce des comportements ça a été dans beaucoup de rapport, on dit qu’il faut le faire dès l’âge de 3 ans pour être efficace, moi, je ne suis pas un spécialiste, donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire [..] quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu’il a un comportement violent, c’est le servir, c’est lui être utile que de mettre en place une politique de prévention tout de suite.

interview intégrale sur Europe 1

On notera avec délice la mauvaise foi de Lefebvre arguant à des parlementaires sa connaissance d’internet car son frère vivait aux USA au balbutiement d’internet, mais le fond et la forme n’en reste pas moins étourdissant. Concernant la délinquance des mineurs ces propos sur le dépistage de la délinquance dès 3 ans me fait hurler de rage, car il ne faut pas se tromper l’objectif de remettre ces propositions sur la table n’a pas pour but de faire baisser la délinquance, la droite serait bien mal sans l’argument électoral sécuritaire si ces propositions venaient à fonctionner et à effectivement réduire la délinquance statistique. Non l’objectif n’est que mercantile il ne vise qu’à ouvrir plus d’espace économique aux entreprises de sécurité privé, de surveillance, et au régulateurs de la vie privée en général. Bien entendu le raisonnement est le même pour ce qui est de la régulation d’internet.

Voilà donc un candidat méritant pour endosser sans vergogne le rôle de censeur officiel de la Sarkozie version 2.0 d’après 2012.